Près de 600 millions de personnes vivent encore sans électricité en Afrique subsaharienne. Elles représentent plus de 80 % des personnes privées d’électricité dans le monde.
Cette situation touche directement la vie quotidienne.
Sans électricité fiable, un centre de santé peine à conserver les vaccins ou à assurer certains soins la nuit. Une école ne peut pas utiliser convenablement les outils numériques. Une petite entreprise dépend d’un groupe électrogène coûteux. Une exploitation agricole ne peut pas toujours alimenter ses pompes, conserver ses produits ou les transformer sur place.
L’initiative « Mission 300 » a été lancée en 2024 pour accélérer la réponse à ce déficit.
Portée par le Groupe de la Banque mondiale et le Groupe de la Banque africaine de développement, elle vise à donner accès à l’électricité à 300 millions de personnes supplémentaires en Afrique subsaharienne avant la fin de 2030.
La répartition de l’objectif est la suivante :
- 250 millions de personnes pour la Banque mondiale ;
- 50 millions pour la Banque africaine de développement.
Le chiffre 300 désigne donc le nombre de bénéficiaires en millions. Il ne correspond ni à un budget ni à un nombre de centrales.
Pour atteindre son objectif d’accès à l’électricité, Mission 300 ne se limite pas au raccordement des ménages. L’initiative agit sur l’ensemble du système électrique en soutenant les investissements dans la production, le transport, la distribution, l’extension des réseaux, le développement de mini-réseaux, les solutions solaires autonomes, les systèmes de stockage, ainsi que les reformes sectorielles, la performance des compagnies d’électricité et la mobilisation des financements.
Son ambition est de réduire de moitié, en quelques années, le nombre de personnes privées d’électricité en Afrique subsaharienne.
Mais une simple connexion ne suffit pas. Pour produire un impact durable, l’électricité doit être disponible, fiable et financièrement accessible.
C’est à cette condition qu’elle peut améliorer les services publics, soutenir les entreprises et favoriser la création d’emplois.

Qui sont les bénéficiaires directs ?
L’objectif de « Mission 300 » ne consiste pas seulement à raccorder des habitations. L’initiative permettra d’utiliser l’électricité pour répondre à des besoins précis.
Les premiers bénéficiaires sont les populations qui ne disposent actuellement d’aucun accès à l’électricité.
Il s’agit notamment des ménages ruraux, des habitants des zones périurbaines mal desservies et des communautés éloignées des réseaux nationaux.
Selon les contextes locaux, différentes solutions peuvent être mobilisées. Dans certaines localités, l’extension du réseau pourra constituer l’option la plus adaptée, tandis que dans d’autres, les mini-réseaux solaires ou les systèmes autonomes seront la meilleure réponse, en tenant compte des besoins, des contraintes techniques et des réalités économiques.
Les écoles et les centres de santé font aussi partie des bénéficiaires.
L’électricité peut alimenter les salles de classe, les équipements numériques, les laboratoires, les systèmes de conservation des médicaments, les pompes à eau et les dispositifs de communication.
Les entreprises sont également concernées.
Un agriculteur peut utiliser une pompe d’irrigation. Une coopérative peut conserver ou transformer sa production. Un artisan peut prolonger ses heures de travail. Un commerce peut alimenter ses équipements sans dépendre entièrement d’un groupe électrogène.
Mission 300 accorde une attention particulière aux femmes. Environ 150 millions de femmes devraient obtenir un accès à l’électricité d’ici 2030.
Cet accès peut faciliter la formation, l’entrepreneuriat et les activités génératrices de revenus. Le développement de solutions de cuisson propre doit aussi réduire l’exposition à la fumée et le temps consacré à la collecte du bois de feu.
L’impact dépendra toutefois de trois conditions : la continuité du service, son prix et la possibilité d’utiliser l’électricité pour produire.
La réussite de Mission 300 se mesurera donc dans les foyers, mais aussi dans les écoles, les centres de santé, les exploitations agricoles et les petites entreprises.

Comment connecter 300 millions de personnes en six ans ?
L’initiative « Mission 300 » combine plusieurs solutions. Aucun modèle unique ne peut répondre aux réalités de l’ensemble de l’Afrique subsaharienne.
Environ la moitié des nouvelles connexions devrait provenir de l’extension ou de la densification des réseaux électriques nationaux.
L’autre moitié devrait être assurée principalement par des solutions renouvelables décentralisées : mini-réseaux solaires, systèmes solaires domestiques et installations autonomes destinées aux ménages ou aux services publics.
Cette combinaison permet d’adapter la réponse à chaque territoire.
Dans une ville en croissance, il peut être nécessaire de construire de nouveaux postes, de renforcer les lignes et de faciliter les branchements. Dans un village éloigné, un mini-réseau peut rester la meilleure solution.
La mise en œuvre de l’initiative « Mission 300 » repose sur les Pactes énergétiques nationaux.
Chaque pacte précise :
• les objectifs du pays jusqu’en 2030 ;
• les réformes à conduire ;
• les infrastructures prioritaires ;
• les besoins financiers ;
• les responsabilités et les échéances ;
• les indicateurs de suivi.
Ces pactes couvrent cinq domaines communs : la production d’électricité au moindre coût, les échanges régionaux, l’accès du dernier kilomètre, l’investissement privé et l’amélioration de la gestion des compagnies d’électricité.
Les pays utilisent aussi la cartographie numérique et les données géospatiales pour identifier les localités non desservies et choisir la solution la moins coûteuse.
Après la planification viennent les études, la mobilisation des financements, les appels d’offres, la construction, les raccordements et la vérification des résultats.
Les communautés doivent être consultées pendant ce processus. Le choix d’un site, le prix du service, les modalités de paiement et les besoins productifs influencent directement l’utilisation future des installations.
Mission 300 cherche ainsi à raccorder plus vite tout en améliorant les institutions et les règles qui organisent le secteur électrique.

Plus de 50 milliards de dollars annoncés pour l’accès à l’énergie
Connecter 300 millions de personnes exige des kilomètres de réseaux, des centrales de productions, des mini-réseaux, mais aussi des réformes, des garanties et des compétences techniques.
Lors du Sommet africain de l’énergie de Dar es Salaam, organisé en janvier 2025, les partenaires de Mission 300 ont annoncé plus de 50 milliards de dollars en faveur de l’accès à l’énergie en Afrique.
La Banque mondiale et la Banque africaine de développement prévoyaient d’allouer ensemble 48 milliards de dollars jusqu’en 2030.
D’autres engagements ont été annoncés :
- 1 milliard d’euros par l’Agence française de développement ;
- entre 1 et 1,5 milliard de dollars par la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures ;
- 2,65 milliards de dollars par la Banque islamique de développement ;
- 1 milliard de dollars par le Fonds de l’OPEP.
Une précision est nécessaire : une annonce, un financement approuvé et un décaissement ne représentent pas la même étape.
Au 16 juin 2026, la Banque mondiale et la Banque africaine de développement avaient engagé près de 15 milliards de dollars dans des projets liés à Mission 300. Environ 4,5 milliards de dollars de cofinancement avaient également été mobilisés.
Les gouvernements africains restent les porteurs nationaux. Ils adoptent les réformes, préparent les projets, organisent les appels d’offres et supervisent les compagnies d’électricité.
Le secteur privé apporte des capitaux, des technologies, des équipements et des capacités d’exécution. Les garanties publiques et les financements concessionnels réduisent les risques qui empêchent souvent les entreprises d’investir dans les zones difficiles à desservir.
Les besoins humains sont tout aussi importants : ingénieurs, techniciens, installateurs solaires, spécialistes du stockage, juristes, économistes, experts environnementaux, financiers, agents de maintenance et responsables du suivi.
Le succès reposera également sur un système de suivi rigoureux des objectifs fixés dans les pactes énergétiques nationaux, afin de mesurer les progrès réalisés, d’identifier les écarts et d’ajuster les actions nécessaires pour atteindre les engagements.

Plus de 50 millions de personnes connectées, mais 250 millions restent à atteindre
Au 16 juin 2026, l’initiative « Mission 300 » a permis de connecter plus de 50 millions de personnes à l’électricité dans 40 pays africains selon un communiqué de presse du Groupe de la Banque mondiale.
Ce résultat représente environ un sixième de l’objectif fixé pour 2030.
La Tanzanie comptait 7,5 millions de bénéficiaires. L’Éthiopie en enregistrait 4,6 millions, grâce notamment à des réformes ayant réduit le coût du raccordement. Au Nigeria, des initiatives conduites par le secteur privé avaient permis de connecter plus de 4,5 millions de personnes.
La publication indiquait également que le rythme des connexions avait presque doublé depuis son lancement.
Les Pactes énergétiques nationaux constituent l’un des principaux leviers de cette accélération. Au 16 juin 2026, 30 pays avaient déjà lancé leurs Pactes.
Le Togo fait partie de ces pays. Son Pacte énergétique national, présenté en septembre 2025, est en cours d’implémentation. Il inscrit les priorités nationales dans le cadre commun de « Mission 300 » :
- production compétitive,
- développement des réseaux,
- intégration régionale,
- solutions renouvelables décentralisées,
- mobilisation du secteur privé et amélioration de la performance du secteur électrique.
Les impacts attendus dépassent le nombre de branchements.
L’électricité peut améliorer la qualité des soins, faciliter l’apprentissage, alimenter les pompes à eau, soutenir la transformation agricole et réduire le coût énergétique des petites entreprises.
Cependant, le nombre de personnes raccordées ne constitue pas le seul indicateur permettant d’en mesurer le succès.
Il faudra aussi suivre entre autres :
• la continuité et la qualité du service ;
• le prix payé par les usagers ;
• le fonctionnement durable des installations ;
• les pertes des réseaux ;
• les écoles et centres de santé alimentés ;
• les entreprises créées ou développées ;
• les emplois générés ; et
• les écarts entre zones rurales et urbaines.
Les 50 millions de connexions annoncées montrent une accélération. Les 250 millions de connexions restantes imposent maintenant un rythme plus soutenu jusqu’en 2030.
La réussite de « Mission 300 » se mesurera au-delà du nombre de connexions : elle dépendra de la capacité à faire de l’électricité un catalyseur du développement économique et de l’industrialisation africaine.